mardi 26 octobre 2010

Vaudou en ville

Ce dimanche j'ai testé l'Ethnologisches Museum à Dahlem, un quartier franchement excentré et éloigné au sud-ouest de Berlin, avec un caractère presque rural : la station de métro s'appelle d'ailleurs Dahlem-Dorf, ce qui veut dire "Dahlem-Village". Mais ce "village" abrite plusieurs musées célèbres ainsi que la prestigieuse Freie Universität ("èffou" pour les intimes). Dahlem, c'est un peu la réponse de Berlin au plateau de Saclay.

La station faisait du teasing. Notez les attributs
anatomiques proéminents. Je n'ai pas testé le
confort des sièges...




Ma visite avait un but bien précis : c'était le dernier jour de la grande exposition "Vodou" qui durait depuis le mois de mai. Les rares affiches que je voyais de temps en temps dans le métro ont suffi à éveiller ma curiosité. Je n'ai jamais entendu autour de moi le moindre écho ni la moindre rumeur sur cette expo, ce qui était sûrement le signe d'un grand succès qu'une conjuration s'employait laborieusement à cacher au public. Car le vaudou se nourrit aussi de secret et de mystère.

Sur les 8€ du prix du billet, 1 ou 2€ étaient reversés
pour un projet culturel en Haïti



Mes attentes ont été largement dépassées. C'est fou qu'en Martinique on connaisse si mal la culture vaudoue haïtienne. Certes, c'est une pratique sulfureuse qui toujours été combattue par l'Église, mais je crois qu'ignorer complètement cette culture qui fait partie de notre héritage afro-caribéen n'est pas une bonne idée. En fin de compte, à nous de garder nos idées reçues sur ce qu'est le vaudou, et au public européen d'avoir la chance d'être mieux informé que nous Antillais à ce sujet. Pour moi, jusqu'à récemment, le vaudou et le quimbois de chez nous n'étaient qu'un amalgame de superstitions arriérées et malfaisantes auxquelles il ne faudrait accorder aucun intérêt, et je suppose que pour la plupart d'entre nous c'est le cas. Loin de moi l'idée de me mettre à rencontrer des sorciers ! Mais au moins lever un petit coin du voile pourrait être une bonne chose. La peur se nourrit d'ignorance.

Il y a beaucoup à dire sur le sujet mais je me suis contenté d'admirer les différents objets, prendre des photos et écouter le concert de l'artiste "germano-haïtienne" Ti-Corn, donc pour cette fois je vous épargnerai les grands discours.


Chèz pou lekspédisyon
Chaise pour l'expédition - on aimerait savoir vers où.
Ou pas.
Fotèy trètman ak krich
Fauteuil de "traitement" avec cruche
Un volontaire pour se faire "traiter" ?


L'expo "Vodou" avait superficiellement un côté Ikea à la marge : des chaises, des fauteuils, des miroirs, beaucoup de miroirs. Sans compter les familles de visiteurs par centaines. Des armoires avec des noms mystiques, bien plus exotiques que les fauteuils Poäng et les consoles Expedit : des boîtes "rogatoires" Bwat Wogatwa, des miroirs "Roi Lucifer" (Miwa Wa Lisifè), etc. Avec un coffre Madouleur dans votre salon, vous avez nettement plus de chances d'épater la galerie qu'avec une banale étagère Markör.


Ouuuhhh les vilains miroirs qui font peur !




Mais ce serait une erreur de s'en tenir là : Non, "Vodou" n'est pas l'Ikea branché et "ethnique" de demain. D'ailleurs les meubles n'étaient pas à vendre, hélas. Il y aurait pourtant un marché à conquérir. Mais loin de ces considérations bassement mercantiles, au Musée d'ethnologie, une culture méprisée pendant quatre siècles et confinée dans la semi-clandestinité jusqu'au début des années 2000 dans son pays d'origine nous était enfin présentée, avec beaucoup de respect et de sobriété. Je me trompe peut-être mais j'ai du mal à imaginer la même chose aux Antilles.




Erzulie, c'est "l'équivalent" vaudou
de la Vierge


Il y a bien eu une partie assez effrayante et morbide : celle consacrée aux sociétés secrètes du culte vaudou. Je ne me rappelle déjà plus trop les explications car j'ai passé cette section assez vite. Mais en gros ils n'avaient pas l'air d'être des tendres, ces Bizangos.



Un autre événement peut-être assez improbable aux Antilles : un concert de musique haïtienne chantée et interprétée par une artiste blanche, plus ou moins allemande, issue d'une famille de Teutons installés au Cap-Haïtien. Mais bienvenue au XXIème siècle, une époque où même la Slovénie, pas exactement connue pour son passé colonialiste, vient d'élire son premier maire noir. Alors pourquoi pas après tout. Elle parle parfaitement créole, elle, contrairement à... euh, moi. Ce qui compte c'est que j'ai beaucoup aimé sa musique, qui fait plaisir à entendre en terre prussienne. Des artistes comme TiCorn jouent un rôle important pour faire découvrir et apprécier une culture et une musique peu connues et éclipsées par des clichés tenaces. Le public s'est régalé, et l'ambassadeur d'Haïti en Allemagne, troubadour dans l'âme, a largement contribué au spectacle. Malheureusement la vidéo de sa chanson ne veut pas charger sur le site. Tant pis. À un moment je finirai par avoir la main avec les photos et les vidéos sur ce site. C'est plus compliqué qu'il n'y paraît, et la page de FAQ des blogs de Google est remplie de requêtes de blogueurs furibards qui n'arrivent pas à télécharger leurs photos ou vidéos.

Ici une petite minute bèlè haïtien, ou équivalent, en attendant que je réussisse à mettre en ligne d'autres vidéos :





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